Community center meeting with diverse group engaged in discussion about local tourism opportunities, natural light emphasizing informal collaboration and inclusivity.

De la notion de tourisme durable à son impact social : clarifier le cadre d’analyse

Si la définition du tourisme durable fait aujourd’hui consensus dans les textes internationaux (notamment l’Organisation mondiale du tourisme), son volet social demeure souvent moins visible que ses déclinaisons environnementales. Pourtant, sa dimension sociale occupe une place centrale dans la recherche d’un modèle touristique équilibré.

On entend par impact social l’ensemble des effets que l’activité touristique génère sur les structures sociales locales : emplois, conditions de travail, égalité des chances, cohésion, accès aux droits, participation citoyenne… Il s’agit d’une notion systémique, qui implique d’analyser les effets produits à différentes échelles (individu, collectif, territoire), dans la durée, et sur la diversité des parties prenantes : populations locales, travailleurs, institutions, acteurs de la société civile.

L’enjeu du tourisme durable est précisément d’assurer que ces impacts sociaux soient inclusifs, positifs, et intégrateurs, c’est-à-dire qu’ils favorisent une meilleure répartition des bénéfices, sans aggraver les inégalités sociales ou la précarité.

Le secteur touristique face aux défis de l’emploi local

La question de l’emploi constitue l’un des leviers majeurs du développement social par le tourisme. On estime que le secteur touristique représente entre 10 % et 12 % de l’emploi mondial (ADEME), soit près de 330 millions de personnes en 2019.

Pour autant, ces emplois sont très hétérogènes :
  • Ils se concentrent souvent sur des emplois peu qualifiés, saisonniers ou à temps partiel.
  • Certaines zones bénéficient d’un vrai dynamisme local, tandis que d’autres, notamment les "territoires de passage", touchent peu de retombées économiques.
  • La précarité, les écarts de rémunérations, l’accès à la formation ou la difficulté à stabiliser des parcours professionnels constituent des défis récurrents.
Le tourisme durable se distingue par la volonté de transformer ces fragilités en opportunités. On le constate à travers plusieurs dynamiques : relocalisation des emplois, valorisation des savoir-faire patrimoniaux, émergence de filières courtes, soutien à la montée en compétences par la formation. Un tourisme qui mise sur la qualité de service, la diversité des profils et la pérennisation des emplois, offre une matrice d’action pour renforcer la cohésion sociale.

Repenser l’inclusion sociale grâce à une offre touristique adaptée

L’inclusion sociale désigne la capacité d’un territoire à garantir à tous l’accès aux ressources économiques, culturelles, et civiques. Dans le tourisme, cela implique de penser l’offre non seulement comme un produit à vendre, mais comme un levier de participation et d’émancipation pour l’ensemble de la communauté.

Plusieurs démarches permettent de traduire cette ambition en actes :
  • Implication des habitants : co-construction de parcours, création d’écomusées, valorisation des récits locaux.
  • Accessibilité universelle : mobilité douce, hébergements adaptés, tarification sociale.
  • Soutien aux publics fragiles : insertion par l’activité économique, tourisme solidaire à destination des jeunes, des seniors, des personnes en situation de handicap.
  • Démocratisation culturelle : ouverture à des pratiques artistiques, partenariats avec des structures éducatives ou sociales.
Ces dispositifs demandent des politiques structurées, portées tant par les collectivités que par les opérateurs privés, avec un souci constant de concertation et d’écoute.

Tableau de lecture : les principaux impacts sociaux du tourisme durable

Axes d’impactEffets recherchésFreins courantsLeviers d’optimisation
Emploi localCréation d’activités non-délocalisables, emploi pérenne, montée en compétencesSaisonnalité, précarité, manque de formationFormation, diversification, soutien aux TPE locales
Inclusion socialeRéduction des inégalités d’accès, valorisation des diversitésExclusion de certains publics, offre peu adaptéeAccessibilité, partenariats sociaux, co-construction
Participation citoyenneRenforcement du pouvoir d’agir, implication des habitantsDifficulté d’écoute, faible représentation localeDispositifs participatifs, concertation territoriale
Cohésion territorialeÉquilibre urbain/rural, intégration des périphériesConcentration des flux, sur-fréquentationDéveloppement de nouvelles destinations, mobilité douce

Exemples opérationnels et bonnes pratiques sur les territoires

On constate, dans la pratique, que certaines configurations territoriales sont particulièrement propices à une dynamique d’emplois et d’inclusion sociale renforcée par le tourisme durable :

  • Transition vers le tourisme de proximité : de nombreux territoires ruraux ou périurbains mettent en avant les circuits courts, l’agritourisme, ou l’éco-hébergement, en concertation avec des acteurs sociaux pour offrir des stages, emplois tremplins ou formations adaptées.
  • Plateformes d’inclusion par le tourisme : à Marseille, le dispositif “Voyage en ville” associe agences solidaires, centres sociaux et acteurs hôteliers pour créer des parcours d’inclusion pour des jeunes éloignés de l’emploi.
  • Mobilisation des acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) : des réseaux tels que les Scop hôtelières, les associations d’accompagnement au séjour adapté, ou les initiatives de base citoyenne contribuent à construire des offres résilientes et justes.
On observe que la réussite de ces projets repose sur : la capacité à fédérer des acteurs hétérogènes autour d’objectifs communs, l’accès à des financements adaptés (fonds européens, dispositifs d’amorçage ESS), et la transparence sur les indicateurs d’impact social.

Méthodes pour structurer une évaluation de l’impact social en tourisme durable

S’engager dans une démarche de tourisme durable implique de mesurer concrètement les effets sociaux générés. Plusieurs cadres de référence existent, adaptables selon la taille du projet :
  1. Analyse des parties prenantes : cartographier les bénéficiaires directs et indirects, identifier leurs besoins, attentes, et contributions.
  2. Indicateurs d’impact : mobilisation d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs : nombre d’emplois créés, taux d’insertion, satisfaction des publics, nombre de bénéficiaires de programmes d’accessibilité, etc.
  3. Dispositifs de suivi participatifs : élaboration de questionnaires, organisation de groupes locaux, entretiens qualitatifs, enquêtes de satisfaction avec la participation des bénéficiaires.
  4. Transparence et retours d’expérience : communication régulière sur les résultats, partage des difficultés et axes d’amélioration auprès de la communauté.
Parmi les outils disponibles, on retrouve les grilles de l’ADEME, la méthodologie de l’UNWTO, ou, pour des projets expérimentaux, l’approche SROI (Social Return On Investment) qui permet de valoriser économiquement les retombées sociales sur le territoire.

Tendances sectorielles et enjeux à venir pour la profession

La montée en puissance du tourisme durable s’accompagne de nouvelles attentes des clientèles, de volontés politiques renforcées et de l’émergence de référentiels communs.

Trois tendances structurantes sont à surveiller :
  • Hybridation entre tourisme, économie sociale et territoriale : la frontière devient plus poreuse entre l’activité touristique pure et d’autres chaînes de valeur (artisanat local, agriculture, services à la personne).
  • Valorisation des métiers relationnels : la recherche de contact humain, de médiation culturelle et de liens authentiques encourage la montée en gamme de métiers traditionnellement peu reconnus (guides, animateurs, facilitatrices locales).
  • Pression réglementaire sur les indicateurs sociaux : de plus en plus de labels, chartes ou lois-cadres (SRADDET pour les régions, ZAN pour l’aménagement) imposent de justifier l’impact inclusif des projets touristiques.
À ce titre, les professionnels sont amenés à repenser la gestion des ressources humaines, l’ouverture des recrutements, et leur articulation avec l’écosystème local. Le Forum du Tourisme Responsable accompagne structuration et réflexion, par la production de ressources et le partage d’expériences entre pairs.

FAQ : comprendre l’impact social du tourisme durable

  1. En quoi le tourisme durable diffère-t-il du tourisme classique sur la question de l’emploi ?
    Le tourisme durable cherche à créer des emplois locaux, stables et qualifiants, là où le secteur classique mise souvent sur la flexibilité et la rentabilité à court terme. Il favorise la diversité des parcours et l’accès à la formation, tout en veillant à limiter la sous-traitance délocalisée.
  2. Quels sont les freins principaux à l’inclusion sociale par le tourisme ?
    Ils résident notamment dans l’inadéquation entre offre et besoin local, la faible représentativité des populations vulnérables dans les prises de décision, et l’absence de dispositifs de suivi des impacts sociaux sur la durée.
  3. Des emplois touristiques peuvent-ils vraiment contribuer à la réduction de la précarité ?
    Oui, à condition que la politique de recrutement soit inclusive (publics éloignés de l’emploi, jeunes, primo-arrivants…), que la formation soit accessible, et que les employeurs s’engagent sur la qualité de vie au travail.
  4. Existe-t-il des outils pour mesurer l'impact social d'un projet touristique ?
    Plusieurs grilles sont disponibles, dont celles recommandées par l’ADEME, l’UNWTO ou les réseaux de l’économie sociale et solidaire. Elles associent enquêtes de terrain, indicateurs d’emploi et de participation, et analyse qualitative des retombées pour les habitants.
  5. Quels sont les premiers pas pour un professionnel du tourisme souhaitant améliorer son impact social ?
    Identifier les parties prenantes du territoire, initier une concertation, s’informer sur les dispositifs existants (insertion, ESS, labels), et instaurer une démarche d’évaluation structurée, en s’entourant si besoin de partenaires spécialisés.

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