Travelers of varied ages study environmental data on a tablet in a rural train station, morning light, natural and subdued atmosphere.

Comprendre l’empreinte environnementale des séjours touristiques

L’essor du tourisme, moteur économique mondial mais aussi facteur de pressions environnementales, interpelle sur notre façon de voyager. Par "empreinte environnementale", on désigne ici l’ensemble des impacts liés à la consommation de ressources naturelles et à la génération de pollutions durant un séjour (transport, hébergement, alimentation, activités). Plus précisément, il s’agit de la quantification des émissions de gaz à effet de serre (GES), de la consommation d’eau, de la production de déchets, de la perturbation des écosystèmes et de la consommation d’espace.

Pourquoi mesurer ? Parce qu’un constat scientifiquement étayé permet d’orienter des choix plus sobres et vertueux, de piloter l’action collective et d’informer les visiteurs pour stimuler leur engagement. Cette démarche analytique s’appuie sur des méthodes issues du développement durable et validées par des organismes comme l’ADEME, l’ONU Environnement ou le programme UNESCO – Tourisme culturel durable.

On comprend alors que mesurer ne signifie pas seulement "compter", mais implique de distinguer, d’analyser, voire de prioriser les leviers de réduction d’impact.

Les principaux postes d’émission dans le tourisme

Une structure d’impact déséquilibrée : plusieurs études sectorielles, dont celles de l’ADEME et de Global Sustainable Tourism Council (GSTC), convergent sur un point : le transport (notamment aérien et routier) représente la part la plus prépondérante des émissions carbone liées au tourisme. L’hébergement, l’alimentation, puis les activités locales suivent à bonne distance, avec des variations notables selon les types de séjours (urbain, rural, balnéaire, etc.).

  • Transport : Jusqu’à 75% de l’empreinte carbone totale d’un voyage longue distance (source ADEME 2022).
  • Hébergement : De 15 à 25% selon les standards énergétiques des établissements et leur mode d’approvisionnement.
  • Alimentation et activités : Leurs contributions varient (5 à 20%) mais sont plus facilement optimisables localement.

Ces données invitent à ne pas raisonner en "offres vertueuses isolées" mais en chaîne de valeur cohérente et systémique du séjour.

Méthodes de mesure : outils, cadres et fiabilité des évaluations

Pour avancer, il est crucial de clarifier les outils disponibles pour mesurer l’empreinte environnementale.

  • L’analyse du cycle de vie (ACV) : Cet outil évalue les impacts de chaque étape du séjour, "du départ au retour", englobant transport, hébergement, restauration, activités, achats et déchets. Il permet une lecture fine et comparative.
  • Calculateur carbone : Plusieurs plateformes (ex : monimpacttransport.fr) fournissent une estimation du CO₂ généré par les modes de transport et, de plus en plus, par les hébergements.
  • Indicateurs sectoriels : L’ADEME ou ONU Tourisme publient régulièrement des référentiels de données d’émission (facteurs d’émission, benchmarks énergétiques, etc.), parfois adaptés au niveau local et à la typologie d’offre.

La qualité de ces mesures dépend de la précision des données d’entrée (réelles ou moyennes), des périmètres d’analyse choisis (scope 1, 2, 3) et du niveau d’appropriation des outils par les professionnels et les territoires.

Panorama des principaux outils et grilles d’analyse disponibles

Pour accompagner un diagnostic rigoureux, on dispose aujourd’hui de multiples ressources :
Outil ou cadre Périmètre Public cible
Mon Impact Transport (ADEME) Transport individuel / collectif Voyageurs, institutions
Greenhouse Gas Protocol (GHG Protocol) Emissions GES scopes 1, 2, 3 Entreprises, collectivités
Tourism Environmental Impact Calculator (TEIC, ONU Tourisme) Multi-indicateurs tourismes Opérateurs, destinations
Grille Autodiag Tourisme durable (ex ADEME / ATD) Gestion d’établissement Hébergeurs, porteurs de projets

Leur mobilisation doit s’accompagner d’un travail d’analyse contextuelle : chaque territoire et chaque opérateur a des spécificités qui conditionnent la fiabilité puis la pertinence des comparaisons.

Actions concrètes pour réduire son empreinte, acteur par acteur

Pour les voyageurs :
  • Choisir un mode de déplacement moins carboné (train, covoiturage, vélo, marche) pour les distances réalisables, et privilégier les itinéraires directs sur les longues distances pour limiter les escales génératrices d’impacts additionnels.
  • Préférer les offres d’hébergements labellisées (écolabel européen, Clef Verte, etc.), qui attestent d’une sobriété énergétique, d’une gestion économe de l’eau et d’une limitation des déchets.
  • Alimentation sobre : opter pour des produits locaux, de saison, issus de circuits courts et à faible impact animal.
  • Limiter les plastiques et emballages (gourde, sacs réutilisables, achats en vrac).
  • Favoriser l’immersion longue durée, qui dilue l’empreinte du transport par jour passé sur place.

Pour les professionnels du tourisme :
  • Sensibiliser les clients à l’empreinte de leurs choix (affichage carbone, mesures incitatives, outils de simulation sur site).
  • Optimiser l’efficacité énergétique de l’hébergement (isolation, équipements, énergies renouvelables) et de la mobilité locale (navettes collectives, mobilité douce).
  • Verdissement des prestations : intégrer des activités à faible impact et renforcer le maillage avec la vie locale (partenariats avec producteurs, artisans, guides nature).
  • Certification environnementale : engager des audits et démarches qualité reconnues, à la fois pour structurer l’offre et pour répondre aux attentes croissantes des visiteurs.

Enjeux territoriaux : planification et gouvernance pour une optimisation globale

Si optimiser l’empreinte environnementale d’un séjour relève d’abord du choix des acteurs, une approche territoriale s’avère déterminante sur le long terme. Les politiques de gestion des flux touristiques, de développement d’alternatives de mobilité ou de régulation des capacités d’accueil sont parmi les leviers clés repérés par des rapports tels que ceux de l’ONU Tourisme ou de l’ADEME.

  • Planification territoriale : Encourager la décentralisation et la diversification des pôles d’attractivité pour répartir les flux et réduire la surfréquentation de certains sites ultrasensibles (parcs nationaux, côtes, espaces ruraux sous tension).
  • Mobilité décarbonée : Développement de hubs multimodaux, revitalisation de lignes ferroviaires secondaires, intermodalité entre modes doux et transports collectifs.
  • Gestion locale de l’énergie et de l’eau : Mutualisation intersectorielle, soutien à la production locale d’énergies renouvelables, distribution intelligente.

Ces approches supposent une gouvernance collective ancrée, coordonnée entre acteurs publics et privés, pour dépasser les interventions éparses et construire une stratégie qui articule attractivité, préservation et résilience.

Tendances et innovations au service de la réduction d’impact

Le secteur touristique connaît une accélération de l’innovation autour de la mesure et de la réduction des impacts environnementaux.

  • Écoconception des offres : Développement d’hébergements à énergie positive, d’activités slow, d’événements sobres en ressources, ou encore de parcours « bas carbone » contextualisés.
  • Numérisation et data : Utilisation croissante d’applications pour calculer et piloter en temps réel l’empreinte individuelle ou collective du séjour, voire orienter les comportements via l’alerting ou la gamification (par exemple, signalement des pics d’affluence ou diffusion de challenges éco-responsables).
  • Partenariats locaux : De nouveaux modèles émergent, comme les "contrats d’engagement touristiques climat" associant territoires, voyagistes, sites et hébergeurs.

On observe, en parallèle, le développement d’outils de reporting (bilans GES territoriaux, plateformes d’observation de la fréquentation et de l’usure des milieux) qui renforcent la transparence et facilitent la montée en compétence des acteurs.

FAQ : Tourisme responsable et empreinte environnementale

Quel mode de transport présente la plus faible empreinte carbone pour voyager en France ?

Le train demeure le mode de transport collectif le moins carboné, devant le car puis le covoiturage. L’avion, même sur de courtes distances, reste le plus émetteur par passager et par kilomètre.

Comment un hébergement peut-il prouver ses efforts de réduction d’impact ?

Plusieurs labels tels que l’Écolabel européen ou la Clef Verte reposent sur des référentiels exigeants (énergie, eau, déchets, achats). Un affichage public des résultats (bilan GES, économies réalisées) renforce la crédibilité de la démarche auprès des clients.

Existe-t-il des plateformes nationales pour évaluer l’empreinte d’un séjour touristique ?

Oui, des outils comme Mon Impact Transport (ADEME) ou l’application Toocamp Carbone proposent aujourd’hui des évaluations multi-modes. Des initiatives régionales émergent également, associant institutionnels et réseaux professionnels.

Que faire si l’offre locale ne propose pas d’alternative bas carbone ?

Échanger avec les acteurs locaux (Offices de tourisme, hébergeurs), exprimer ses attentes, et privilégier l’allongement du séjour. Impliquer de nouveaux partenaires peut accélérer la transition.

Pourquoi optimiser l’empreinte ne doit pas se limiter à compenser le carbone ?

Compenser ne traite pas les causes : la réduction à la source des émissions et de la pression sur les ressources demeure prioritaire, la compensation étant réservée à l’irréductible. Le Forum du Tourisme Responsable insiste sur cette hiérarchie d’action.

En savoir plus à ce sujet :